Conversation avec Farah, présidente des Truffes des Batignolles
Paris compte près de 100 000 chiens. Pourtant, quand on regarde la manière dont la ville est pensée, on pourrait presque les croire invisibles. Peu d'espaces dédiés, des débats récurrents sur leur place dans l'espace public, et cette impression étrange qu'ils sont partout sans vraiment avoir droit de cité.
C'est de ce constat qu'est née la Marche des Truffes, organisée par l'association Les Truffes des Batignolles. Une marche ouverte aux chiens, mais aussi à tous ceux qui s'interrogent sur la façon dont nous partageons la ville.
On en a parlé avec Farah, sa présidente.
À l'origine, il y a quoi ? Une envie d'organiser une balade de quartier ?
Farah — Pas vraiment. Des balades canines, il y en a déjà beaucoup, et c'est très bien comme ça. Ce qui nous intéressait, c'était autre chose : créer un moment de visibilité.
On parle souvent des chiens comme d'un sujet individuel. Mon chien, ton chien, ses besoins, ses contraintes. Mais à Paris, il y en a près de 100 000. Ça représente une vraie population urbaine. Pourtant, quand on regarde les infrastructures ou les discussions autour de la ville, ils sont rarement considérés comme tels.
On voulait rappeler qu'ils font partie du paysage.
Vous aviez l'impression qu'ils étaient devenus invisibles ?
Farah — Invisibles ou simplement tolérés.
On accepte leur présence tant qu'elle ne dérange personne. Mais dès qu'on parle d'aménagements, d'espaces dédiés ou de besoins spécifiques, la discussion devient plus compliquée.
La marche, c'est une façon de dire : regardez. Les chiens sont là. Leurs humains aussi. Et ils ont eux aussi leur place dans la ville.
Derrière la marche, il y a donc un message plus large sur la cohabitation.
Farah — Exactement.
Parce qu'une ville agréable pour les chiens est souvent une ville plus agréable pour tout le monde. Une ville avec davantage d'espaces verts, davantage de lieux de rencontre, davantage d'attention portée aux usages du quotidien.
Notre objectif avec Les Truffes des Batignolles, c'est de travailler à une meilleure cohabitation.
Ça passe par le dialogue avec la mairie, par des propositions concrètes, mais aussi par la pédagogie. On parle beaucoup des droits des chiens mais beaucoup moins des responsabilités qui vont avec.
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C'est quelque chose qu'on retrouve souvent dans vos prises de parole : la question de l'équilibre.
Farah — Oui, parce qu'on ne peut pas demander davantage de place pour les chiens sans réfléchir à la façon dont ils s'insèrent dans l'espace collectif. Comprendre son chien, respecter les autres usagers, apprendre à partager les lieux : tout ça fait partie du sujet. La ville n'appartient à personne en particulier. Elle se construit ensemble.
La marche est ouverte aux personnes qui n'ont pas de chien. C'était important pour vous ?
Farah — C'était essentiel. Si l'objectif est de mieux vivre ensemble, alors il faut que tout le monde puisse participer à la conversation. Les propriétaires de chiens, bien sûr, mais aussi les voisins, les familles, les curieux, les personnes qui n'ont jamais vécu avec un chien ou qui en ont parfois peur. La cohabitation ne se construit pas entre convaincus.
Qu'est-ce que vous aimeriez que les gens retiennent en rentrant chez eux ?
Farah — Que le chien n'est pas seulement un sujet canin. Quand on parle de chiens en ville, on parle en réalité de lien social, d'espace public, d'hospitalité, de la manière dont on accueille les différents usages dans un même lieu. Au fond, la question n'est pas seulement : « Quelle place pour les chiens ? »mais peut-être : « Quel type de ville voulons-nous construire ? »
La prochaine Marche des Truffes a lieu le 6 juin prochain dans le 17e arrondissement. Une occasion de marcher avec son chien, ou simplement de regarder la ville sous un autre angle.
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