Il y a quelques années, laisser son chien seul pendant une journée de travail faisait partie de la routine. Aujourd'hui, certains humains culpabilisent après vingt minutes d'absence (nous les premiers).
On décale un dîner, on refuse un afterwork, on rentre plus tôt que prévu, on vérifie la caméra du salon entre deux réunions. Et parfois, on envoie même ce fameux message : "Tu crois qu'il va bien ?"
Alors que le principal concerné est probablement en train de ronfler sur le canapé, les quatre pattes en l'air. Depuis quelques années, quelque chose a changé dans notre rapport à la solitude canine. Et peut-être aussi dans notre rapport à la nôtre.
Le Covid a changé beaucoup de choses. Les chiens aussi.
Pendant les confinements, des millions de chiens ont vécu une situation assez exceptionnelle. Leur humain était là, tout le temps. Télétravail, balades à rallonge, visios avec un museau en arrière-plan, déjeuner ensemble, goûter ensemble, sieste ensemble (pour notre plus grand bonheur). Ainsi, pour certains chiens, les séparations sont devenues rares. Voire totalement inconnues.
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Le retour à la vie normale n'a donc pas été simple pour tout le monde. Ni pour les chiens et encore moins pour leurs humains.
Les chiens sont devenus nos (meilleurs) collègues
Le télétravail a produit un phénomène assez fascinant. Les chiens sont devenus des collègues : is assistent aux réunions, traversent les appels Zoom, ronflent pendant les points hebdomadaires, apparaissent parfois plus souvent à l'écran que certains managers.
Et soyons honnêtes : on adore ça. Parce qu'au-delà de leur présence, ils apportent quelque chose qui manque souvent à la vie urbaine moderne : une présence constante.
Sans Slack, sans Teams, sans notification, sans "tu serais dispo mardi prochain dans quinze jours ?" Ils sont là. Et dans une époque où beaucoup de relations deviennent plus fragmentées, ça compte.
Et si le sujet n'était pas seulement l'anxiété des chiens ?
Quand on parle d'anxiété de séparation, on imagine généralement un chien incapable de supporter l'absence de son humain. Mais on parle rarement de l'inverse. Pourtant, certains humains semblent aujourd'hui avoir autant de mal à quitter leur chien que leur chien à les quitter.
On culpabilise, on s'inquiète, on hésite à sortir, on organise parfois notre agenda autour de ses temps de présence. Comme si la séparation était devenue difficile des deux côtés de la laisse.
Un chien très attaché n'est pas forcément un chien anxieux
Et ça, c'est une nuance importante. Parce qu'on a parfois tendance à penser : "Il m'aime énormément donc il doit forcément mal vivre mon absence." Pas forcément.
Comme le rappelle Sarah Jeannin : "Un fort attachement à son humain n'est pas synonyme d'anxiété de séparation. Un chien peut entretenir une relation très proche avec sa figure d'attachement tout en étant parfaitement capable de rester seul sereinement."
Heureusement d'ailleurs. Sinon, la moitié des chiens de France seraient concernés. Un chien peut vous suivre partout dans l'appartement, dormir collé à vous, vous accueillir comme une rockstar après dix minutes d'absence. Et pourtant rester parfaitement détendu quand vous partez. L'amour n'est pas le problème. La dépendance, oui.
On confond souvent solitude et anxiété de séparation
Autre confusion fréquente : un chien qui vocalise, détruit ou tourne en rond n'est pas forcément victime d'anxiété de séparation. Il peut aussi s'ennuyer, manquer de stimulation, être frustré, supporter difficilement la solitude. Ce n'est pas exactement la même chose.
Dans le cas de l'anxiété de séparation, le problème est plus spécifique : c'est l'absence de la figure d'attachement qui provoque la détresse. La nuance est importante. Et elle évite beaucoup de diagnostics TikTok.
Le paradoxe du chien moderne
Nous voulons passer plus de temps avec eux. Et c'est une excellente nouvelle.
Nous voulons qu'ils soient présents dans nos vies,dans nos voyages, dans nos cafés, dans nos bureaux. On est fan, on adore ! Mais nous voulons également qu'ils soient capables de rester seuls quand c'est nécessaire. Ce qui est tout aussi important.
Le défi est probablement là : créer du lien sans créer de dépendance, être présent sans devenir indispensable, aimer très fort sans avoir l'impression de les abandonner dès qu'on sort acheter du dentifrice.
Apprendre à se séparer, c'est aussi prendre soin de la relation
La bonne nouvelle, c'est que la solution n'est pas de passer moins de temps avec son chien. Bien au contraire.
Le véritable enjeu est peut-être celui-ci : lui apprendre progressivement que les séparations font partie de la vie, qu'elles sont prévisibles, qu'elles ne sont pas dangereuses. Et surtout qu'elles ont une fin.
Comme le résume Sarah Jeannin : "L'enjeu n'est probablement pas de passer moins de temps avec son chien, mais de lui apprendre progressivement que les séparations font partie de la vie et qu'elles ne constituent pas une menace."
Parce qu'un chien capable de rester seul sereinement n'est pas un chien moins attaché. C'est souvent un chien qui se sent suffisamment en sécurité pour attendre votre retour. Et franchement, c'est probablement l'une des plus belles preuves de confiance qu'il puisse nous faire.
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